
Mise en scène : Claus Peymann
Première en France
Mère Courage tient une cantine ambulante. Avec sa carriole et ses trois enfants, elle suit un régiment et fait commerce de tout... , tout ce qui s’achète et se vend quand des troupes en campagne traversent un empire au gré des saisons, des victoires, des pillages, des trêves, des défaites, des traités de paix.
En septembre 1939, quand l’Europe s’embrase, Bertolt Brecht en exil tire de la tradition littéraire ce personnage de femme aux armées et, en moins de six semaines, il en fait le sujet d’une chronique de guerre avec petit orchestre et nombreuses chansons.
Anna Fierling - c’est son nom - est le plus contradictoire de ses personnages. Forte en gueule, vive, madrée, elle saisit l’occasion aux cheveux, elle roule ses adversaires, elle sait d’un trait d’humour crever les grandes baudruches morales et rabaisser l’héroïsme à la réalité concrète des massacres. Bref, elle a tout pour plaire et elle nous fait rire. Son audace et son âpreté mercantiles lui ont valu son surnom. La Courage est intrépide, elle ne craint pas la guerre : c’est son gagne-pain. Mais la Mère en elle entend bien ne rien payer à la guerre, surtout pas lui céder l’un de ses enfants. Comment admettrait-elle qu’il faut avoir de bien grands ciseaux pour y tailler sa part ? Obstinée, insensée, ses enfants, elle les perd sous nos yeux, l’un après l’autre.
Dix ans et quelques soixante millions de morts plus tard, le 19 janvier 1949, tirée par Helene Weigel, la carriole de Mère Courage fait ses premiers tours de scène dans les ruines de Berlin-Est. Aussitôt, Jean Vilar, bien avisé, met la pièce à son répertoire et à partir de novembre 1951, des dizaines de milliers de spectateurs du TNP et d’Avignon découvrent dans sa mise en scène à la fois l’oeuvre en français et l’auteur de par-delà
le rideau de fer.
Le 30 juin 1954 au Théâtre des Nations, Bertolt Brecht, Helene Weigel et leur compagnie, le Berliner Ensemble, jouent Mutter Courage und ihre Kinder sur la scène du Théâtre Sarah-Bernhardt au coeur même de Paris. C’est un triomphe : ce soir-là, le théâtre français découvre une autre façon d’écrire le monde et de jouer le théâtre.
Le 26 juin 2009, avec Mutter Courage und ihre Kinder, voilà le Berliner Ensemble de retour. La légendaire « Maison Brecht » est maintenant dirigée par Claus Peymann, un homme qui, pendant quarante années, à la tête des premiers théâtres de langue allemande, à Hambourg, Francfort, Stuttgart, Bochum, Vienne et Berlin, s’est tenu au service de Peter Handke et de Thomas Bernhard, Franz Xaver Kroetz et Elfriede Jelinek, sans pour autant négliger Shakespeare, Goethe, Kleist et Brecht...
Sous sa direction, l’Ensemble et Carmen-Maja Antoni attelée à la carriole de la Courage, vont occuper l’Odéon et, pour notre plaisir et notre lucidité, nous y jouer l’aveuglement fatal de cette femme incorrigible.
À l’image du nouveau siècle où partout dans le monde guerre et commerce font toujours bon ménage, cette version moderne de ce classique des temps modernes est rapide, sèche, nerveuse, cruelle, allègre, et elle est diablement bien jouée.
Mise en scène : Claus Peymann
Décor : Frank Hänig
Costumes : Maria-Elena Amos
Dramaturgie : Jutta Ferbers
Musique : Paul Dessau
Direction musicale : Rainer Böhm
Avec Carmen-Maja Antoni - Christina Drechsler - Anke Engelsmann - Ursula Höpfner-Tabori - Roman Kaminski - Roman Kanonik - Manfred Karge - Michael Kinkel - Detlef Lutz - Thomas Niehaus - Gudrun Ritter - Michael Rothmann - Martin Schneider - Veit Schubert - Martin Seifert
Musiciens : Matthias Erbe / Michael Yokas (violons) - Cathrin Pfeifer (accordéon)
Silke Eberhard (saxophone alto, clarinette, clarinette basse) - Katharina Thomas (clavier, chant)
Spectacle en allemand surtitré en français












